Variété

 "… Le succès appelle le succès. Au troisième disque, celui-ci commença à stagner. Jusque là, chaque nouvel album pulvérisait le record de vente du précédent. Était-ce que la jauge d'amateurs était au maximum ? Qu'il n'y avait plus moyen de séduire un nouveau public ? Malgré le sommet qu'avait atteint LA JUNGRA, les membres du groupe n'acceptaient que difficilement cet état de fait. La remise en question était sur la table. Après plusieurs discussions animées, il fut décidé qu'il était dorénavant temps d'abandonner le rock pour glisser progressivement vers une variété alternative. Il fallait marcher sur des œufs. Séduire de nouveaux tout en gardant les anciens. Curieusement, alors que le groupe se dirigeait vers une normalisation musicale, une simplification plus populaire, c'est à la même période que les musiciens expérimentèrent toutes sortes de drogues. Toujours défoncés, ils se mirent à produire des morceaux simples et pourtant psychédéliques. Le producteur s'arrachait les quelques cheveux qui lui restaient. Il fallut beaucoup d'astuce pour bricoler en studio des morceaux moins longs pour passer à la radio tout en gardant une certaine cohérence sonore. Couper par ci par là, ralentir ou accélérer, harmoniser le tout, ajouter quelques nappes de clavier, mixer proprement : l'ingénieur du son a fait des prouesses. Bien sûr, coupés dans la bataille, les textes devinrent encore plus incompréhensibles qu'avant. Le succès tout d'abord critique fut immense. La presse unanime salua l'inventivité sans cesse renouvelée du groupe. La musique déconstruite, les arrangements innovants et les textes défiants autant la grammaire que le besoin de sens ; tout cela fascina une presse toujours en mal de nouveautés. Elle baptisa ce nouveau genre musical le "Cut-Up Pop Psyché". Malgré cet intellectualisme, le public adora le disque. Durant vingt mois, l'album fut en tête de tous les classements. L'argent coulait à flot. Après quelques soucis de santé dus aux abus, les musiciens firent une cure dans une fameuse clinique suisse (adresse disponible sur simple demande). À leur retour, ils avaient arrêter provisoirement la drogue. La tournée pouvait alors commencer… "


Extrait de “Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Tournée des bars

 "… Fort d'un énorme succès bien mérité, le groupe choisit de tenter une expérience exceptionnelle pour l'année 2023. Pour une fois (et ce fut la seule), l'idée venait du batteur et du bassiste. Généralement, lorsqu'il était question d'innover, ils préféraient écouter les autres réfléchir et approuver les choix, sauf lorsqu'ils estimaient que la nouveauté les amenerait à faire trop de terribles efforts supplémentaires. Curieusement, bloquer six mois pour faire un concert dans un bar tous les deux jours ne semblait pas demander d'efforts supplémentaires pour eux, bien au contraire. On ne les avait jamais vu aussi enthousiastes. Après quelques discussions, le projet fut validé. Le tour de France plutôt facile à mettre en place, les presque cent dates furent bookées rapidement. À l'usage, tout s'avéra plus compliqué que prévu. Heureusement que les distances entre deux dates étaient assez courtes, les pauses vomis furent moins nombreuses. Le premier mois, la section rythmique réussissait à se remettre avant le concert suivant. À mi-parcours, ce n'était plus le cas. Nos deux compères finirent même par regretter d'avoir mis dans le contrat l'obligation de "bières illimitées". Bien sûr, personne ne les obligeait à s'enfiler canette sur canette du début de la balance au chargement du matos, mais le rock'n'roll sera toujours vainqueur. Je vous ferai grâce des mille anecdotes arrivées durant ces six mois, un livre n'y suffirait pas. Toujours est-il qu'après cette fameuse tournée, un repos de trois mois ne fut pas suffisant à nos deux lascars pour retrouver une santé physique telle qu'en partant. Pour ce qui est de la santé mentale, chacun fut étonné qu'elle ait pu se dégrader. L'année suivante, c'est la section rythmique qui refusa catégoriquement de réitérer l'expérience…"

Extrait de “Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Une carrière internationale

 "… Lorsque, d'un commun accord, le groupe décida d'entamer une carrière internationale, il fallut décider d'une stratégie alliant efficacité, facilité et amusement. Le guitariste argua qu'afin de toucher le public pas français et encore moins francophone, il fallait absolument s'exprimer dans la langue de Shakespeare. Le chanteur indiqua qu'outre que le langage du guitariste n'était pas trop correct d'un point de vue franco-français, c'était un peu facile de proposer des trucs que ce serait les autres qu'ils le feraient. Le bassiste rigola pendant que le batteur pouffa en rythme ("pour une fois" fit remarquer le clavier). "Ah bin, tu peux dire !" déclara le guitariste en direction du chanteur. Avant une bonne bagarre, le manager proposa que les chansons soient interprétées en français. Ce serait plus hype et préférable que nos amis et néanmoins futurs clients anglophones ne comprennent rien aux textes. D'après lui, l'exigence littéraire des américains risquait de se heurter à la simplicité primaire de la prose poétique du groupe. Ce fut lui qui reçut le premier coup. Pour mettre tout le monde d'accord, une plaquette en couleur fut éditée avec les textes en deux langues. Distribuée à l'étranger, elle reçut un accueil chaleureux et fut honorée du Prix de l'Humour Involontaire au Pakistan. Avant même de commencer, la carrière internationale de LA JUNGRA fut abandonnée…"


Extrait de “Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Passages à vide

 "… Bien sûr, jouer dans de très grandes salles, se retrouver en tête d'affiche dans des festivals énormes, remplir des stades, ça fait envie, mais LA JUNGRA a connu des périodes creuses, des saisons tristes, des "jours sans". Alors, il fallait oublier son ego, prendre du plaisir dans de terribles galères, se produire devant peu de monde, jouer dans l'indifférence générale dans des endroits où la musique accompagnait les repas et donc se devait se jouer pas trop fort pour ne pas déranger les convives. Les membres du groupe ne se formalisaient jamais, ils faisaient le taf en attendant leur heure, ils savaient qu'un jour, eux aussi, seraient tout petits à côté d'écrans géants où leurs visages apparaîtraient en gros plan, que leur nom inscrit sur une affiche garantirait le succès aux organisateurs. Finalement, c'était plutôt amusant, les petites soirées privées. En attendant des jours meilleurs (qui ne sauraient tarder), ils s'éclataient avec ce qu'ils avaient… "

Extrait de Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Virage Pop

 … Pour “rester dans le coup”, être invité dans les gros festivals français, le groupe décida dans les années 2020 de se mettre au rythme de l'époque. Il fallait de la chanson française un peu dansante, électro-pop, un peu rock avec des textes pas très clairs et qui dénonçaient des trucs que la clientèle bourgeoise aimait posséder en vinyles collector. Les membres du groupes écoutèrent avec attention Juliette Armanet, Christine & the Queens, Clara Luciani et autre Hoshi. Ça déboitait grave. Cela n'allait pas être facile, y'avait du level comme on dit dans le milieu et parfois autour. Musicalement, les compos se devaient d'être toutes ralenties suffisamment, mais pas trop avec un mixage couillu sans faire sursauter personne. Après quelques mois d'essais, le truc étant acquis, les morceaux tombaient comme des mouches gazées en plein vol. Pour les textes, la formule fut assez vite trouvée. Il suffisait de reprendre des bouts d'articles de presse, mélanger les mots genre Cut-up, ajouter des mots pas courants et qui la foutaient bien et surtout faire bien gaffe à ce qu'on ne comprenne rien vraiment. Le chanteur s'en sortit merveilleusement bien, cela ne le changeait pas trop à 55 %. Le concept général étant l'écologie de la dernière génération qui pourrait sauver le monde (les trentenaires depuis trois milles ans), après mûres réflexions, afin de rester dans le truc tout en marquant un positionnement marketing un peu décalé, la flotte devint le fil conducteur. On allait en manquer, ça c'est sûr et les clips au bords des piscines ont toujours fait recette. Le succès de l'album fut foudroyant et certains morceaux passèrent dans les grands rassemblements écologiques… "

Extrait de "Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Authentik, authentik

“... Alors sous l'influence de Kraftwerk, La Jungra s'essaya elle aussi à la musique électronique avec une certaine réussite. Pas très doué en informatique, le groupe se mit à composer des morceaux plutôt bizarres, destructurés, répétitifs et subsoniques. En plein trip arty pop et craignant par dessus tout une sonorité trop aseptisée, il fut décidé collectivement de ne rien enregistrer en studio. Pour rendre l'expérience ultra excitante et compenser la froidure des machines, une prise de son à l'arrache avec deux micros durant un concert dans un hall de gare à moitié vide permit au groupe de réaliser un chef-d'oeuvre impromptu, étonnant et aux sonorités électro-acoustiques surprenantes, formidables et stupéfiantes.

La première édition collector se vend déjà très cher dans le milieu des collectionneurs d'innovations exceptionnelles et remarquables…"

Extrait de "Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



LA JUNGRA Numéro 06

  "… Curieusement, le sixième numéro du bulletin illustré de LA JUNGRA obtint un succès considérable. Après quelques déboires avec certains membres du groupe devenant incontrôlables et assez insupportables, il faut bien l'avouer (il y a prescription), décision fut prise d'embaucher de nouveaux membres pour reformer un nouveau groupe qui serait toujours le même, mais avec de nouveaux membres fournissant du sang frais, histoire de profiter de l'occasion pour redynamiser la fine équipe. Le bulletin illustré fut consacré entièrement à ce moment de l'histoire du groupe. Les auditions, les essais, les incompréhensions, les désaccords, tout est détaillé avec honnêteté et souci du détail. C'est certainement cela qui fit le succès de ce numéro 6. Restant par déontologie depuis les origines discret sur la vie intérieure du groupe, l'équipe en situation de crise avait choisi de tout raconter afin d'expliquer comment tout cela s'était déroulé. Après trois rééditions du bulletin, le groupe hésita à sortir un album concept sur le même sujet. L'honnêteté artistique empêcha ce genre de récupération commerciale, mais pour satisfaire toutefois les fans, une série télévisuelle fut signée pour une plateforme. La septième saison vient de finir et déjà deux autres ont été tournées.

La première édition collector se vend déjà très cher dans le milieu des collectionneurs…"

Extrait de “Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Le plus gros succès

 "… Après avoir sorti de nombreux 45 tours et maxi 45 tours quatre titres, sous la pression du label, le groupe accepta de produire un 33 tours compilant les morceaux déjà parus et y adjoignant quelques inédits. Légèrement réticents au départ, les membres du groupe se prirent au jeu et écrivirent en toute liberté et avec beaucoup d'inspiration quelques-uns de leurs meilleurs morceaux, prémisses de ce que sera leur album conceptuel qui apparaîtra quelques années plus tard. Dernière collaboration avec le label de l'époque, ce disque avait besoin d'un titre. Sentant que le label comptait avant tout faire de l'argent, décision fut prise de jouer d'ironie sarcastique. Pas question pour autant de mettre une photo des membres du groupe faisant les pitres, le "concept" serait de disparaître derrière la musique, évitant aux auditeurs de se laisser distraire par leurs physiques avenants. Pas question que le conflit avec le label ne déteigne sur les amateurs du groupe. Une amie du chanteur accepta de poser au jardin d'acclimatation et le tour fut joué. Tout était faux, mais semblait pourtant si vrai. Force est de constater que le titre très second degré fut pris au pied de la lettre et le succès de vente fut considérable.

Toute vérité n'est donc pas bonne à dire…"

Extrait de “Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Expérience scientifique

 "… Une équipe scientifique proposa un jour à LA JUNGRA une expérience nouvelle. Toujours prêts à innover et à essayer de nouvelles choses, les membres du groupe acceptèrent avec enthousiasme. Il s'agissait de se produire en concert sur un accélérateur/simulateur de vol de type pilote de chasse ou astronaute. La surprise passée et les doutes éliminés, rendez-vous fut pris. Le but scientifique était de diffuser à 360° le son et d'en mesurer l'impact sur un public/panel représentatif des amateurs de rock. Le résultat fut plus que probant, le public formant cercle concentrique rentrait en transe dans des délais très brefs. La foule éructait et s'agitait follement. En revanche, les membres du groupe restèrent alités plus de trois semaines en vomissant trois à quatre fois par jour. "Plus jamais… Plus jamais…" répétait inlassablement le batteur, peu habitué à bouger sur scène… "

Extrait de “Histoire de LA JUNGRA"Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Vœu Pieu

 "… Il n'y a pas de mauvais public. Bien au contraire, le challenge est enthousiasmant lorsqu'il s'agit de séduire des personnes qui, à priori, sembleraient à l'opposé de votre style. La surprise est bien agréable lorsque l'on constate que des gens sur la réserve s'avèrent au final chauds comme la braise, excités comme des pucelles en rut et endiablés comme jamais. Ainsi, pour ce concert, l'évêché a exigé une affiche plus "dévergondée" que celle prévue au départ. Nous dûmes céder à la pression divine, malgré nos réticences morales…"

Extrait de “Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Thé Dansant

 "… Un jour, sachant que le rock ne rapporterait jamais grand chose, LA JUNGRA se décida à frapper là où les porte-monnaie étaient les mieux garnis. Après avoir composé un répertoire de valse musette et jazz swing, le groupe se décida à participer aux après-midis dansants. Les clients vinrent en nombre, juste après le repas dominical où ceux-ci avaient l'habitude de faire bombance fort arrosée. Malheureusement, abus d'alcool aidant, il y eut de la baston pour une histoire de rombières et un tel niveau de violence convainquit le groupe terrorisé de ne jamais renouveler l'expérience et à retourner au rock dur pour des raisons de tranquillité… "

Extrait de “Histoire de LA JUNGRA" - Éditions des Lettres & Rock - Dépôt légal : 09/2038



Insolite !

 “… Associer musique et arts martiaux semblait tout de même improbable. C'est encore une fois le groupe LA JUNGRA qui propose cette innovation. Les musiciens sont sur scène et, au milieu et autour d'eux, des combattants s'affrontent dans des tenues chatoyantes. Curieusement, les affrontements semblent fonctionner au rythme de la musique. Un rock endiablé s'écoutera à la vitesse d'un tabassage pieds-poings survolté, une prise au corps virile semblera sensuelle au moment du slow. Le spectacle est total, la rencontre étonnante entre ces pratiques fusionnelles et… "

Maître Marcel Taotéking San, 6e dan de Rock
Pour la revue "L'insolite pas commun" - 2e trimestre 1974



La carrière solo de Kevin !

“ … Le succès grandissant, il arrive parfois que les têtes gonflent. C’est bien normal. Après tout, comment vraiment savoir à qui on doit la...